Les 5 piliers du mana

En développant des outils sur le Mana, j'ai souhaité proposer une approche pragmatique autour de cinq piliers concrets permettant de saisir le Mana en tant qu'approche personnelle et démarche de vie. 

Ces cinq piliers sont :

  1. MENTAL ou UPO'O : l’esprit en tahitien pour ouvrir son esprit, acquérir des connaissances et développer la conscience de soi ;

  2. CORPS ou TINO : le corps ou comment entretenir une relation harmonieuse avec son corps, renforcer son énergie et la connexion à ses sensations ;

  3. NATURE ou FENUA: la nature et son foyer, cela signifie entretenir des liens avec l’extérieur et son monde intérieur pour mieux se respecter et respecter ;

  4. ALIMENTATION ou TAMA'A : le repas permet de nourrir son souffle sacré et nourrir notre conscience pour mieux vivre le présent ;

  5. EXPERTISE ou TAHU'A : l’expert qui fait accéder à la connexion spirituelle et qui relie à la part supérieure de notre être, à notre énergie divine

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1. le mental- Upo'o

Le Mana est souvent associé au savoir. Une personne dotée de connaissances détient du Mana. Les connaissances, cela s’apprend. Pour s’initier au Mana, il est important de régulièrement nourrir son Upo’o, sa tête qui désigne aussi, le chef d’un groupe. Soyez la tête pensante, cela fait à la fois travailler la plasticité de votre cerveau et à la fois, la rapidité de vos connexions neuronales. La mémoire est un formidable atout pour exercer son Mana. Autrefois, les connaissances étaient transmises à l’oral et chacun avait la charge de retenir.

L'exemple de Tupaia… Un Ario’i et un Tahu’a

Tupaia, célèbre navigateur de Raiatea, était capable de réciter la généalogie de son île et connaissait la position des 74 îles de Polynésie par cœur… Tupaia était un Ario’i, un groupe qui correspondrait plus ou moins aux gens du cirque version européenne. Les Ario’i pratiquaient des arts sacrés et secrets, ils se déplaçaient d’île en île pour proposer des spectacles nocturnes. Quand Cook et ses navigateurs découvrent Tupaia, l’homme est à Paea en charge de construire un marae. L’équipage découvre son savoir en matière de navigation et l’invite à naviguer avec eux. Tupaia était probablement un tahu’a va’a, un spécialiste dans la construction de pirogues.

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2. le corps - tino

Notre corps a une formidable capacité de renouvellement et de guérison… Notre Mana est le gardien de cette guérison. S’initier au Mana de notre corps, c’est réveiller notre force intérieure. En Polynésie, seul le présent compte et dans ce culte du moment, l’esprit se libère et prend du recul. Il libère les pensées inutiles pour se concentrer sur le langage de son corps.

 

Dans la Polynésie d’antan, les anciens prônaient la présence du corps, cela signifiait prendre le temps de visualiser avant d’agir, de préparer son corps et au moment de l’action, de faire de son mieux en demandant l’aide des divinités et des esprits des anciens, les Tupuna. Cette discipline au quotidien s’exprimait par des rites de prières, par des moments consacrés à l’écoute de l’environnement afin de décrypter l’extérieur miroir de l’intérieur et par la pratique des rêves et des visions. La connexion à son esprit vivant permet de comprendre l’état de son esprit et de son corps pour rester en harmonie et en bonne santé.

Déployer le corps avec les sports polynésiens

Tamau, Faarapu, Varu, Taparuru… Le Ori’Tahiti, la danse polynésienne, hypnotise et libère. Pratiquer la danse tahitienne, c’est découvrir les mouvements puissants de son corps. Pratiquer la rame traditionnelle, le va’a ou encore, le surf a des effets similaires de renforcement et de libération des énergies primaires, celles situées dans notre ventre. Les mouvements de ces sports polynésiens ancrent fondamentalement à la Terre, ils utilisent beaucoup l’équilibre, les hanches, les mouvements des pieds et des bras. Ils accentuent l’alignement de notre colonne vertébrale symbolisant le prolongement de l’homme entre Terre et Ciel.

 

Le Haka des All Blacks, le Ka mate est l’expression parfaite de cette force. Inspiré d’un poème, il dégage son pouvoir à travers les expressions du torse et du visage. Regardez une course de va’a, une compétition de surf, un concours de danse fait partie des plaisirs du voyage à Tahiti… Tentez l’expérience en vous initiant aux sports traditionnels pour manifester le Mana de votre corps.

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3. Nature ou fenua

Balades, cascades, sources, randonnées, escalades… Tout à Tahiti invite à la déconnexion avec la nature. Quelle que soit votre forme physique, vous pouvez trouver un lieu pour cheminer au creux de la végétation luxuriante, le Fenua vous attend. Selon la tradition, le Fenua signifie la Terre. Ce mot recèle un Mana puissant pour les Polynésiens. Le Fenua, c’est le foyer, le refuge, les racines de la terre, l’amour profond pour son île et son environnement, c’est la famille, les liens, le présent et les moments ensemble qui forment les émotions positives de retrouvailles et de l’identité polynésienne.

 

En découvrant le Fenua, le royaume de la nature, le Mana vous invite à faire le silence en vous, écouter les bruits de la nature et parcourir le chemin… Une fable symbolique pour partir à la découverte de soi. Laissez-vous transporter dans une aventure organisée par un guide ou par un ami averti.

Se connecter à sa nature

Nous avons tous un jardin secret comme le veut le proverbe. Avec la connexion à la nature de Tahiti, apprenez à cultiver un jardin secret mental, un lieu où vous pouvez par le pouvoir de l’esprit, vous connecter à des ressources intérieures qui vous appartiennent. Les paysages de Tahiti facilitent l’exercice… Fermez les yeux et ancrez les sensations dans votre corps.

En pratiquant le Mana, nous apprenons à nous souvenir avec le souffle et le corps. Cette communion par l’esprit avec la nature délivre une sensation de puissance. Trois lieux pour se connecter au Mana :

  1. Le Mana lunaire et de Vénus se trouve au creux de la baie de Matavai.

  2. Le Mana ancestral se niche au cœur de Tahiti dans la vallée de la Maroto.

  3. Le Mana de libération se trouve dans les jardins de Vaihi.

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4. alimentation ou tama'a

Notre alimentation est la première gardienne de notre santé. Pendant des siècles, les Polynésiens se sont nourris de la nature. Le lagon est leur « garde-manger » et il est riche en nutriments. Poisson, oursin, moule, bénitier… étaient accompagnés des fruits, des racines ou encore, du célèbre fruit de l’arbre à pain. Dans son ouvrage, Christophe SerraMallol décrit les bases de l’alimentation ancienne qui incluait également les animaux terrestres et les oiseaux. L’alimentation était associée aux vertus de l’abondance, de la convivialité et de la quantité. Traditionnellement, le repas est un temps lent et partagé avec sa famille, ses proches ou des invités. En pratiquant le Mana, nous reprenons les bases de l’alimentation sociale et sacrée.

Incantation symbolique

En développant votre Mana, apprenez la symbolique des aliments… Saviez-vous que le poireau est l’emblème du Pays de Galles ? Une anecdote que les amateurs de rugby déclineront à volonté puisque le poireau est symbole de victoire pour les Egyptiens, qu'il est excellent pour la virilité et qu'il aide à s'ancrer... A avoir les pieds sur terre ou plutôt, les crampons bien accrochés surtout en mêlée (oui je suis fan de rugby, ça se lit non ?!) Je redécouvert le poireau en soin énergétique, il a permis de déminer une généalogie très pesante pendant la séance et pour la personne, de retrouver le succès... avec les hommes ! (Je ne sais pas s'ils étaient gallois, mais ils avaient définivement des physiques de rugbymen !)

Le repas polynésien, symbolique du Mana

Bref, manger symbolique, c’est nourrir les connaissances historiques et les valeurs attribuées aux aliments. Le repas polynésien mélange subtilement cru et cuit, sucré et salé, mijoté et rôti. Le ma’a tahiti, le repas polynésien traditionnel allie différentes viandes, du poisson, des légumes, des fruits. Il est préparé au four traditionnel cuisant les aliments à l’étouffée. Le repas est composé de poisson cru, du thon cru mariné dans de l’eau de mer ; du poulet fafa, du poulet mijoté dans du lait de coco et des feuilles ressemblant à des épinards ; des racines comme le taro, les patates douces ; la banane plantain ; du uru ou fruit de l’arbre à pain ; du pua’a chou, du chou avec du porc et plus rarement aujourd’hui, du pahua curry, de la chair de bénitier épicée. Le Mana est un art subtil entre assimiler et séparer, mélanger et différencier. Chaque aliment nous offre vibrations et propriétés nutritives.

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5. expertise ou tahu'a

Ma maman m'a toujours dit qu'il valait mieux faire une chose très bien que beaucoup de choses, moyennement bien. Elle m'a poussé à devenir experte et avec ce conseil, de nombreuses portes se sont ouvertes. Les Tahu’a en polynésien, les « Tohunga » en néo-zélandais ou encore, les « Kahuna » hawaïens désignent les guérisseurs traditionnels, les voyants, les sorciers, les sages, les prêtes… Le mot est le plus souvent traduit par « expert » désignant le long processus par lequel ces tradipraticiens devaient se former et accumuler des connaissances avant d’exercer leurs fonctions. Simone Grand rapporte de nombreux entretiens dans son ouvrage Tahu’a, tohunga, kahuna – Le monde polynésien des soins traditionnels. L'expertise permet l'accès au sacré, à la connaissance et à la réalisation de ses objectifs.

L'histoire de Tiurai

Tahiarua Onohi Mihinoa a TATI dit Tiurai est considéré comme un grand guérisseur et un voyant reconnu du XIXème siècle. Né à Papara en 1835 et décédé en 1918, il soignait grâce à l’utilisation de plantes et une force de persuasion proche de l’autosuggestion ou l’hypnose. Très respecté, cette figure de l’histoire polynésienne incarne les savoirs et les pratiques de soins ancestraux des anciens. Pour la génération actuelle, il représente un temps révolu à la fois fantasmé et pour autant, révolu. L’histoire et les méthodes de Tiurai sont notamment décrites par Simone Grand dans son ouvrage sur les Tahu’a polynésiens. Elle nous partage la conception selon laquelle Tiurai distinguait quatre soins de l’âme.

 

Pourquoi quatre soins ? La vibration du quatre évoque à la fois la mort dans les traditions asiatiques et à la fois, la manifestation en numérologie. Le quatre est un chiffre sacré présent dans les piliers symboliques de notre société : les quatre points cardinaux, les quatre éléments, les quatre cavaliers de l’Apocalypse, les quatre archanges… Les trois mousquetaires dont le quatrième joue un rôle clé dans le roman d’Alexandre Dumas.

 

Distinguer quatre types de maladies témoigne d’un rapport complet et complexe à la guérison polynésienne. Selon Simone Grand au sujet de Tiurai[1], le célèbre guérisseur polynésien distinguait quatre groupes de maladies :

  1. Le corps, Ma’i Tino ;

  2. La pensée, Ma’i Mana’o ;

  3. L’esprit en général du défunt, Ma’i Varua ;

  4. L’esprit de l’âme, Ma’i Vaite.

 

On retrouve ici une double dualité entre corps et pensée et vie et mort. Selon Orsmond Walker, Tiurai considérait la maladie comme un non-moi, une relation à l’extérieur. Elle pouvait être le résultat d’un sort, le résultat d’un phénomène surnaturel, les émotions négatives d’une personne contre une autre comme la jalousie, la convoitise, la rancune, la colère, etc. Il observe que les effets sur le corps d’une personne sont bien souvent liés à des émotions conscientes ou inconscientes générées par des personnes de l’entourage du malade comme des membres de famille. Le tradipraticien employait des techniques de guérison proche de la magie afin de retourner le sort à l’envoyeur ou l’extraction du corps dans le cas de malédiction.

 

Tiurai était également connu pour utiliser des préparations à base de plantes, des Ra’au Tahiti. Rappelons que l’étymologie de Ra’au Tahiti signifie, lien sacré. Les mélanges puisaient dans l’énergie des plantes, leurs vertus thérapeutiques et l’effet placebo incarné par la personnalité du médecin. Il prônait des inhalations, des ingestions et des massages. Il préconisait les jeûnes thérapeutiques et notamment, l’abstinence alimentaire à l’égard de certains aliments pouvant favoriser les émotions négatives de colère, doute, frustration… Il ressentait bien avant que cela fût prouvé, le rôle de l’absorption de certaines substances sur le cerveau, les émotions et le corps comme le sucre, excitant naturel qui facilite la dépression et le découragement. Les viandes quant à elles alourdissent et limitent les fonctions de régulation de la colère par l’estomac et le foie. Il favorisait la consommation d’aliments de la terre comme les racines ou la pota[2] qui selon lui, renforçait la stabilité des émotions.

 

Tiurai pratiquait l’art du Taurumi Vairua, un massage puissant composé de pressions longues et pénétrantes provoquant des douleurs dans le corps. Cela permettait de faire « sortir le mal » des cellules et des organes. Il accompagnait le soin par la télépathie en envoyant des images au malade pour que son corps puisse ressentir et voir le mal refoulé. Cette prise de conscience invisible et énergétique guérissait le malade et participait au nettoyage de la lignée.

 

[1] Grand, S. (2008) Tahua'a, tohunga, kahuna - Le monde polynésien des soins traditionnels, Papeete : Au vent des îles ; Article Tahiti Infos, juin 2011 : « Simone Grand à Paris pour expliquer la médecine traditionnelle polynésienne »: https://www.tahiti-infos.com/Simone-Grand-a-Paris-pour-expliquer-la-medecine-traditionnelle-polynesienne_a25505.html En polynésien : Ma’i tino : maladie du corps ; Ma’i mana’o : maladie de la pensée, de l’idée ; Ma’i varua : maladie de l’esprit (d’un défunt notamment) ; Ma’i vaite : maladie de l’âme.

 

[2] Jeunes feuilles proches des épinards.

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Ces éléments sont notamment détaillés dans le mini-guide Je suis Manaïfique que vous pouvez télécharger en cliquant ici.