AmAtullah,
la fleur du tissu

Sagesse du Bangladesh

Amatullah est née à Chittagong dans l’actuel Bangladesh au XVIIème siècle au temps du Royaume Mrauk U, du Sultanat de Bengale et de l’Empire Mongol. Elle est bouddhiste mais porte un nom musulman, à l’image de son royaume. Elle est déportée avec des nombreux proches en Arakan au milieu du XVIIème siècle (1644) en Birmanie considérée comme appartenant à la minorité Rohingya, minorité musulmane à cause des origines de son père mongol et commerçant de la route de la soie. Très marquée par les bouleversements de sa société, qui subit de multiples assauts brutaux – les Portugais, les Anglais, les Mongols… Elle se tourne vers la spiritualité autour de la symbolique du tissu.

Les mains de Amatullah sont fermes et décidées. Son visage est résolu. Il porte une fatigue discrète qu’Amatullah efface avec la pureté de son sourire et la flamme de son regard. Elle échange un moment complice avec son mari, son meilleur ami, son soutien, le roc qui lui a permis de dépasser les épreuves et garder foi en la vie. Elle affectionne tous les tissus qu’ils découpent, recousent, déplient, assemblent pour habiller de couleurs et de lumière, le quotidien de la vie. Le tissu signifie pour elle, la continuité de leur amour, l’éternité des liens qu’un couple peut vivre et ressentir, la beauté des conversations et des langages subtils qui forment l’union de leurs corps. Avec lui, elle aime préparer le vêtement pour un moine à l’occasion de la Kathina.

Kathina en sanskrit signifie ce qui est dur et qui symbolise l’entêtement de l’égo. Il peut être rugueux, coupant, douloureux. Il peut aussi être assoupli, tanné et coloré. Travailler le tissu, créer les liens avec le tissu permet d’apprendre à dépasser les apparences et les vicissitudes de la vie. Le tissu nous pare d’un habit de lumière qui nous relie les uns aux autres. Le tissu porté par l’homme ou par la femme incarne le vêtement de nos valeurs. La matière, la texture, la couleur affichent notre être et ce que nous souhaitons partager avec le monde. Au cours de la cérémonie de Kathina, les laïcs, les personnes pratiquant le bouddhisme offrent aux moines, un nouvel habit fabriqué pendant la nuit de la nouvelle lune du quatrième mois de la saison des pluies (en novembre). En ayurveda, Kathina désigne les drogues et les herbes dures qui développent le Kapha (la fluidité) et le Vāta (le mouvement), deux éléments de Terre.

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Le tissu est le lien de la vie, l’amour et la lumière.
La fleur du tissu célèbre notre être intérieur 
et la profondeur de notre âme.

Aujourd’hui, Amatullah partage sa sagesse :

« Le tissu est le lien. Il dessine les fils de l’éternité, les fils de l’Humanité. Il est le symbole de notre unité, notre être universel et de l’amour. En tissant les fils de l’amitié, de la générosité, du don nous pouvons reproduire les valeurs fondamentales de notre être. Nous sommes tous lumières et nous sommes tous des fils fragiles qui volent dans le vent tels aux rubans colorés des temples, des sanctuaires et des églises. La séparation des croyances est une illusion. Nous partageons tous le même tissu, celui de notre corps, celui de notre lymphe, celui de notre peau. Nous sommes le tissu adipeux, profond et régénérant de la vie et de la Terre. »

Le Bangladesh et la Birmanie sont deux pays voisins situés en Asie du Sud-Est. Leur territoire est marqué par une forte cohabitation de plusieurs ethnies, de diasporas et d’influences religieuses issues des différentes vagues migratoires, invasions et colonisations du territoire.

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